MOT À MOT avec Béatrice Moulin, Fondatrice de Switch Collective

Le mot excessivement employé par votre secteur, dont vous vous êtes lassée ?
Bienveillance : c’est plus un coup de gueule qu’une lassitude. La bienveillance est une belle notion, mais elle est employée à tout va ; davantage quand elle manque, que quand elle est censée être présente. 

Le mot qui vous démarque, que vous êtes fière d’avoir trouvé ?
Switch ! Avec mon associée Clara, nous sommes fières de l’avoir trouvé. Aujourd’hui, ce mot contient bien plus qu’un collectif. D’ailleurs, mes amis et ceux qui m’entourent l’emploient souvent, tout comme le verbe switcher. Les gens l’ont même francisé, c’est génial qu’il soit entré dans notre vocabulaire, ce n’était pas le cas il y a six ans.

Le mot réflexe, dont vous aimeriez personnellement vous débarrasser ?
Du coup. Je prends beaucoup de notes, et ce mot correspond pour moi à une icône visuelle. C’est l’expression que j’utilise pour créer une suite dans mes idées, et du coup, ce connecteur logique me permet d’amener les suivantes et de parvenir à une conclusion. 

Le mot qui fâche dès que vous l’entendez ?
Oui, mais. Cela veut dire non en réalité. Cette réponse est un mauvais réflexe. C’est pour ces raisons que je l’utilise beaucoup moins, que j’essaye d’être plus clivante, d’être d’accord ou de ne pas être d’accord, d’assumer davantage mes positions. Sans pour autant créer un conflit, il faut sortir du politiquement correct, assumer ce que l’on pense. 

Le plus joli mot de votre métier ?
Création ; notre entreprise Switch incite justement à se reconnecter à son élan créateur, à ses désirs, à tout ce qui nous fait vibrer ! 

Le mot qui fait rire, auquel vous êtes joyeusement attachée ?
C’est une anecdote personnelle tirée d’un voyage en Angleterre avec une amie, mais je dirais le mot ponton ! Toutes les deux, nous partagions déjà l’amour des mots et de leurs sonorités. Lorsqu’elle s’est arrêtée sur ce mot, on a vraiment rigolé ! “Ponton, ponton, ponton”, on n’arrêtait pas de le répéter : on trouvait que cela faisait penser à un “poutou”. Je ne sais pas pourquoi, mais ce mot est resté.

Le mot peu utilisé, qui mérite d’être réhabilité ?
Reliance. C’est un mot du sociologue Michaël V. Dandrieux, et dans lequel il y a tout : la reconnexion à soi, aux autres, à la nature. Tout ce dans quoi j’ai envie de m’impliquer.

Le mot qui fait rougir, qui ne manque pas de vous toucher ?
Merci ! Quand quelqu’un me remercie, qu’il y a derrière une vraie gratitude pour quelque chose que j’ai fait ou apporté, cela me touche, m’émeut. Quand il y a du sens, c’est pour moi comme une reconnaissance. 

Le mot dont l’orthographe ou le sens vous fait toujours douter ?
Accueil ! En CE1, ma professeur nous a annoncé que l’on allait apprendre la leçon sur les mots en “ueil”. Je pense qu’elle a créé en moi un trauma en précisant que c’était un cours très difficile, au point que beaucoup d’adultes ne savent toujours pas écrire ces mots. 

L’anglicisme qu’on préfère en français ?
L’expression ASAP, As soon as possible. Je déteste cette notion du “dès que possible”, et encore plus l’acronyme anglais. Je trouve qu’elle fait mal, qu’elle évoque surtout une injonction, du style “fais-moi ça rapidement”. Je pense qu’en français il doit y avoir des tournures plus jolies telles que “préviens-moi lorsque c’est fait” ou “peux-tu t’en occuper?”.

Le mot qui a de l’allure, qui porte une queue-de-pie, qu’on amène en soirée ?
Rétroflexion. Ce mot est vraiment lié à ma vie, en ce moment. Quand j’ai découvert cette notion, elle m’a beaucoup parlé. Si on dit qu’une petite fille ne doit pas se mettre en colère, la petite fille rétrofléchit ses émotions sans s’autoriser à les vivre ; elle garde en tête qu’elle doit être parfaite, totalement constante.

Le mot qui met tout le monde d’accord ?
Le Okkkkk, dans le film Les Visiteurs. Quand Jacquouille dit “c’est okkkkk”, cela fait rire tout le monde et je suis une grande fan de ce film !

Le mot de la fin ?
Je dis souvent adieu, mais pas sérieusement, surtout de manière humoristique. Quand j’étais petite je passais la moitié de mes vacances en Suisse et en Italie ; pour dire au revoir en italien on disait tout le temps “adio”, la version française est restée et j’aime bien !