MOT À MOT avec Valentina Zatelvaneva, Ballerine & Fondatrice de l’Académie Neva Ballet

Le mot excessivement employé par votre secteur, dont vous vous êtes lassée ?
Le fait de parler d’un dos droit, car la danse est un mouvement, une magie des mouvements ! Lorsqu’on parle de dos allongé, on est plus dans une dynamique, mais le dos droit suggère quelque chose de crispé, de beaucoup trop figé. 

Le mot qui vous démarque, que vous êtes fière d’avoir trouvé ? 
Respect. Ce mot est souvent lié à la relation à l’autre, alors que le respect commence par celui que l’on se porte. Dans la danse, ou dans tout autre sport exigeant, il me semble très important de rester dans le respect de son corps, de ses ressentis et de son rythme. Comme j’ai grandi avec cette passion un peu dure et sans limite, cette philosophie est très présente en moi. C’est aussi pour cette raison que je suis attachée au fait de la partager le plus largement possible, avec des professionnels mais aussi des amateurs. Il est nécessaire de se respecter pour ne pas laisser de côté la notion de plaisir.  

Le mot réflexe, dont vous aimeriez personnellement vous débarrasser ?
J’ai commencé le français il y a cinq ans, donc je cherche encore mes mots !

Le mot qui fâche dès que vous l’entendez ?
Le mot élite sonne tout suite “privilège”, “discrimination”, il est donc à l’opposé de l’ouverture et de l’accessibilité que je prône. Le côté communautarisme, appartenance à une élite, cela m’irrite. Qu’il s’agisse de performances physiques ou mentales, je ne supporte pas que les bienfaits de la danse classique n’appartiennent qu’aux professionnels.

Le plus joli mot de votre métier ?
Arabesque, car ce très joli mot existe de la même façon en Russie. Contrairement aux tours, aux pirouettes qui sont des positions plus difficiles, l’arabesque exprime une légèreté, une position aussi gracieuse qu’un oiseau sur sa branche, et surtout accessible à tous ! 

Le mot qui fait rire, auquel vous êtes joyeusement attachée ? 
Pas de bourré : les élèves en rigolent à cause du mot “bourré”.

Le mot peu utilisé, qui mérite d’être réhabilité ?
Ballet romantique. Aujourd’hui, on fait de plus en plus de danse moderne. On devrait faire plus de ballets romantiques : c’est à la base de tout. Sans compter que ce ballet se concentre sur les récits, alors que beaucoup sont faits sur une émotion unique, un message unique tels que la violence ou la guerre. Je suis partisane du ballet romantique du XIXe, qui devrait être plus utilisé pour le thème de la nature ou de l’amour ! 

Le mot qui fait rougir, qui ne manque pas de vous toucher ?
L’écoute, car elle est aussi importante dans la danse que dans la vie. Dans la danse, on apprend essentiellement à écouter la musique car tout le corps doit écouter. Dans la vie, tellement de gens ne savent pas écouter ! On devrait apprendre à écouter et pas seulement à entendre.

Le mot dont l’orthographe ou le sens vous fait toujours douter ?
Un jour j’ai écrit une lettre à l’Académie Française, et je faisais souvent la même faute concernant le mot appareil photo. J’écrivais “photo pareil” parce que pour moi le principe de la photo, c’est ce miroir qui donne une image et qui vient imprimer. Cela me paraissait logique et plus simple de le dire et de l’écrire de cette manière ! Puis ce mot a plusieurs sens : la machine, l’apparence, la nudité… et “rendre l’appareil”, cela veut dire quoi “on rend un appareil” ? 

L’anglicisme qu’on préfère en français ?
Fun, au lieu de drôle, sympa, joyeux, rigolo…il y a tellement d’autres subtilités ! Pourquoi se limiter derrière le mot fun ? 

Le mot qui a de l’allure, qui porte une queue-de-pie, qu’on amène en soirée ?
Dans la danse, la grâce est un terme qui est toujours utilisé mais qui a eu plusieurs vies. Marius Petipa a transformé l’art du ballet à la fin XIXe siècle : nous lui devons le fait que la grâce ne représente plus seulement cette légèreté mais exprime aussi la force. Cette grâce, on la retrouve dans le programme Audrey Hepburn que nous venons de mettre en place avec Neva Ballet. Cette femme était pleine de grâce, elle avait une certaine volupté et beaucoup de force. 

Le mot qui met tout le monde d’accord ?
Bienveillance. Ce mot pourrait devenir un mot-valise, mais il met quand même tout le monde d’accord et recouvre énormément de sentiments, comme l’amitié, la fraternité, cette volonté de faire du bien. La bienveillance, c’est tout ce qui anime l’équipe de Neva Ballet. On n’est pas là pour que les gens deviennent de grands danseurs, mais bien pour qu’ils prennent du plaisir.

Le mot de la fin ?
Discipline ! Il est souvent mal interprété, car comme toujours, plusieurs sens peuvent se cacher derrière ce mot. On entend “étroit”, “rigide”, “enfermement” : tout le contraire de ce qui m’habite. Pour moi, ce mot est une porte vers la liberté ; c’est la discipline envers soi qui amène à la liberté.