Accident d’expression

C’est joli, coloré, naïf, parfois agressif, toujours inventif !

© « 300 accidents d’expression : une seule victime, la langue française. » Par E. Blervaque, S.Ellias & L. Ribet


MOT À MOT - C. TEROSIER

MOT À MOT avec Claude Terosier, Fondatrice, Magic Makers

Le mot excessivement employé par votre secteur, dont vous vous êtes lassée ?
Crise ! Depuis un an, nous sommes en crise permanente ; elle doit être temporaire et pas en continu ! 

Le mot qui vous démarque, que vous êtes fière d’avoir trouvé ?
Créativité, grâce à Magic Makers, nous permettons aux enfants d’être créatifs dans le code. C’est un mot qui a une grande importance à mes yeux et au sein de notre équipe.

Le mot réflexe, dont vous aimeriez personnellement vous débarrasser ?
Truc : c’est le mot que j’utilise quand je ne sais pas qualifier un objet ou autre chose.

Le mot qui fâche dès que vous l’entendez ?
Problème ! J’ai l’impression de passer mon temps à gérer des problèmes qui génèrent du déplaisir. On n’a même pas encore connaissance du problème, qu’on sait déjà que ça ne va pas être positif. 

Le plus joli mot de votre métier ?
Émerveillement, et ce mot fait partie de nos valeurs. On y retrouve le mot merveille, il est beau et il sonne bien. C’est l’acte de s’émerveiller qu’on veut reproduire le plus souvent possible, et qui est en même temps transitoire. Un enfant quand il crée quelque chose, il crée de l’émerveillement, avant même d’avoir de la fierté pour ce qu’il réalise. C’est profondément sincère ; il voit sa création et se dit “waouh ça marche”.

Le mot qui fait rire, auquel vous êtes joyeusement attachée ?
Ouf ! Un enfant de 7 ans m’avait dit “c’est un truc de ouf ça”, cela m’a fait rire qu’il sorte ce mot à ce moment-là !

Le mot peu utilisé, qui mérite d’être réhabilité ?
Anticonstitutionnellement : ce mot est connu uniquement pour sa longueur. Pourtant, il est au cœur des débats sur la démocratie, en ce moment. De nombreuses questions sont soumises au Conseil d’État pour déterminer ce qui est constitutionnel, ou non.

Le mot qui fait rougir, qui ne manque pas de vous toucher ?
Honte, c’est ce qui me vient en premier, on s’interdit beaucoup d’actions par peur d’avoir honte, on n’ose jamais assez.

Le mot dont l’orthographe ou le sens vous fait toujours douter ?
Censé : à chaque fois je doute, je pense qu’il ne devrait pas s’écrire comme ça. Il y a une sorte de confusion, avec le mot sens aussi, je n’arrive jamais à comprendre pourquoi on l’écrit de cette façon-là !

L’anglicisme qu’on préfère en français ?
Mindfullness pour parler de pleine conscience, cela m’énerve un peu. On est souvent obligé de l’exprimer en anglais pour réussir à l’expliquer, comme ci c’était plus logique. Chaque langue maternelle est vraiment importante, il y a des mots que l’on traduit, et qui n’ont pas la même signification ou sens dans une autre langue !

Le mot qui a de l’allure, qui porte une queue-de-pie, qu’on amène en soirée ?
Révérence, ce mot fait chic, il a une sonorité que j’apprécie. À une époque on l’utilisait comme marque de respect envers des personnes importantes, aujourd’hui, il n’est plus dans le langage courant.

Le mot qui met tout le monde d’accord ?
Amour !  “All you need is love, All you need is love, All you need is love, love. Love is all you need !” L’être humain ne peut pas survivre sans amour.

Le mot de la fin ?
Joie, c’est tout ce que je souhaite à tout le monde, et on en a tous besoin. Besoin d’éprouver de la joie, d’être heureux avec ceux qui sont autour de nous, et surtout reconnaissant.


MOT À MOT - C. HONAJZER

MOT À MOT avec Coralie Honajzer, Co-Fondatrice, Chiche

Le mot excessivement employé par votre secteur, dont vous vous êtes lassée ?
Call, se faire un call ! Je m’occupe essentiellement de la partie commerciale dans mon business et j’entends des anglicismes dix fois par jour, c’est beaucoup trop ! 

Le mot qui vous démarque, que vous êtes fière d’avoir trouvé ?
Chiche, c’est notre empreinte, la dénomination de notre entreprise ! Ce mot représente notre business, une partie de notre vie, et il me ressemble bien dans la vie : je suis chiche ! 

Le mot réflexe, dont vous aimeriez personnellement vous débarrasser ?
Encore une fois, c’est un anglicisme ! Challenger est un mot qu’on utilise beaucoup pour booster les équipes. Et maintenant, je l’utilise aussi dans ma vie privée…

Le mot qui fâche dès que vous l’entendez ?
C’est très contextuel, mais ce serait le mot confiné. Comme tout le monde, il m’épuise et n’a plus aucun sens. Ce mot me fâche vraiment. 

Le plus joli mot de votre métier ?
Artisanat, parce que c’est une véritable fierté pour nous de travailler dans l’artisanat. Ce mot englobe le savoir-faire de l’artisan, il laisse percevoir la qualité, l’unicité, le développement local. Et puis les sonorités de ce mot sont si jolies ! 

Le mot qui fait rire, auquel vous êtes joyeusement attachée ?
Bordel ! J’aime bien les joyeux bordels, pourtant je ne suis pas quelqu’un de bordélique, au contraire, je suis même ordonnée. Mais pour moi, ce mot est synonyme de joie, de lâcher prise ! Dans une vie où la performance, le rendu paraissent comme une priorité, il est important de lâcher prise et de se dire : “bah voilà, c’est le bordel”. Cela me fait sourire !

Le mot peu utilisé, qui mérite d’être réhabilité ?
Légumineuses. Je ne le connaissais pas, mais je l’ai découvert avec notre entreprise Chiche. Et je réalise que c’est un mot que peu de personnes connaissent. Généralement, on connaît d’autres mots relatifs à des plantes, mais celui-ci ne me semble pas connu du grand public.

Le mot qui fait rougir, qui ne manque pas de vous toucher ?
Fierté : cela me touche quand quelqu’un me dit qu’il est fier de moi ou de mon travail. Ce que j’entreprends a aussi pour but que mes proches, ceux qui m’entourent, soient fiers de moi. 

Le mot dont l’orthographe ou le sens vous fait toujours douter ?
Chiader ; je ne sais jamais comment l’écrire, comment l’utiliser et quelle est sa vraie signification. 

L’anglicisme qu’on préfère en français ?
Le mot design, on l’utilise à toutes les sauces. Je me dis qu’on pourrait plutôt parler d’esthétisme. En réalité, il existe beaucoup d’autres mots pour l’exprimer en français, de la même manière.

Le mot qui a de l’allure, qui porte une queue-de-pie, qu’on amène en soirée ?
Chic ! J’aime bien les mots courts et qui claquent, celui-ci est classe !

Le mot qui met tout le monde d’accord ?
À table ! Je suis du genre à penser le midi à ce que je vais manger le soir ! C’est mon mot du quotidien, le mot qui rassemble, qui appelle à tous se retrouver. 

Le mot de la fin ?
Un petit clap, comme dans un film. C’est un mot qui marque, le son est sympa, je trouve cette onomatopée vraiment cool !


MOT À MOT - R. MONNAMI

MOT À MOT avec Roger Monnami, Président, HTE Éclairage

Le mot excessivement employé par votre secteur, dont vous vous êtes lassé ?
Délai ! Les gens disent tout le temps “quel est le délai” ? Quand on vend de belles choses, on doit avoir le temps de les attendre. Cela mérite d’avoir un peu de patience, on ne fait pas de consommable.

Le mot qui vous démarque, que vous êtes fier d’avoir trouvé ?
Prescription, le fait d’étudier, de proposer, de recommander. D’ailleurs, quand j’étais aux États-Unis, j’ai beaucoup appris des Américains. Dans ma profession, ils disent : “parler des produits c’est bien, les montrer c’est mieux, les démontrer c’est gagné.”

Le mot réflexe, dont vous aimeriez personnellement vous débarrasser ?
L’expression c’est l’horreur ! C’est un réflexe que je n’ai pas avec tout le monde, mais que  généralement, les gens comprennent bien. 

Le mot qui fâche dès que vous l’entendez ?
Le mot prix : lorsque l’on reçoit un client potentiel, il nous demande toujours “quel est le prix ?” Dans ma tête, cela résonne mal, parce qu’il y a autre chose à demander, le prix doit être le dernier élément !

Le plus joli mot de votre métier ?
Croyance. J’ai toujours eu beaucoup de chance dans ma longue vie, et je trouve que les jeunes, on ne les aide pas assez. Quand on trouve des jeunes qui se vendent bien, il faut croire en eux ! 

Le mot qui fait rire, auquel vous êtes joyeusement attaché ?
Abruti ! J’aime bien le balancer en voiture !  

Le mot peu utilisé, qui mérite d’être réhabilité ?
La tolérance, c’est vraiment ce qui manque à notre société. 

Le mot qui fait rougir, qui ne manque pas de vous toucher ?
Sensible. Quand je reçois des jeunes timides ou sensibles, il est important pour moi de les mettre à l’aise. Quand je les vois venir avec leur petit CV parce qu’ils cherchent un stage et espèrent trouver un patron par leurs propres moyens, cela me touche.

Le mot dont l’orthographe ou le sens vous fait toujours douter ?
Je confonds toujours la pierre de touche et la pierre d’achoppement, je suis toujours obligé de sauter sur un Larousse pour savoir.

L’anglicisme qu’on préfère en français ?
Dans le cadre de leur carrière, je conseille toujours aux jeunes d’apprendre l’anglais, mais si je pouvais, j’imposerai l’utilisation du mot courriel en français, à la place du mail. 

Le mot qui a de l’allure, qui porte une queue-de-pie, qu’on amène en soirée ?
Somptueux ! Quand je rentre d’une soirée, je vais vers ma femme et je lui dis “c’était somptueux cette soirée”.

Le mot qui met tout le monde d’accord ?
Apéro ! Cela rassemble. 

Le mot de la fin ?
Rideau ! Quand j’étais avec les étudiants, je finissais toujours par dire : “et maintenant rideau” !