Interview interne - Marion, Dirigeante associée

À quel moment de ta vie as-tu développé un rapport sensible aux mots et à l’écriture ?

J’ai été biberonnée au poids des mots et à leur teneur émotionnelle. En plus d’y apporter beaucoup de soin, ma mère prenait toujours le temps de m’écrire des lettres pour m’exprimer certaines valeurs essentielles ou me donner quelques nouvelles pendant mes voyages de classe. Les scènes se répétaient quasiment tous les lundis matin, à l’époque du lycée ; j’arrivais à l’internat, et je ne pouvais pas ouvrir mon sac sans y retrouver une petite carte, un petit post-it, un petit dicton parfois aussi simple que « la patience d’une mère est comme un tube de dentifrice, il en reste toujours au fond », accompagnés d’un mot d’encouragement. Et puis plus tard, ce furent les SMS à quelques minutes du passage d’un examen, plus récemment, le discours qu’elle a porté devant toute ma famille le soir de mes trente ans… Avant la voie académique, tout cela m’a rendue très attentive à la force de l’expression orale et écrite, à la manière dont les gens restituent les faits, se racontent leur journée, même au téléphone, à la volée. Elle est Italienne, et puisqu’elle a appris assez tard à parler français, elle était extrêmement sensible au fait que je puisse maîtriser rapidement les subtilités de la langue. C’était aussi et surtout sa façon de m’apprendre à dire, à exprimer, à ne pas garder, et donc à écrire. Et si les livres n’étaient pas présents partout chez moi, on ne pouvait pas dire la même chose de la place prépondérante de la musique et des chansons à texte. Certains lecteurs chevronnés sont capables de citer au mot près l’incipit des ouvrages qu’ils adorent. Celui d’Anna Karénine de Tolstoï : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » Celui de Jacques le Fataliste, de Diderot : « Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. » ou encore l’incipit d’Aurélien d’Aragon : « La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. » Les premiers mots du répertoire de Jacques Brel, Barbara, Charles Aznavour, Serge Gainsbourg, Nino Ferrer, ont le même effet sur moi. Et comme j’ai rapidement fait le choix d’un baccalauréat littéraire, j’ai commencé à me constituer une sacrée collection d’ouvrages. Je me souviens qu’il était déjà inconcevable pour moi d’emprunter un livre à la bibliothèque : aujourd’hui encore, j’ai besoin d’annoter les pages, de stabiloter les phrases qui me parlent. Du coup, j’ai une collection de carnets qui comportent la plupart de ces phrases, chaque fois recopiées à la main. Les relire, c’est tout relire.

Et à l’entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat est venu plus tard, au cours de mes études supérieures, mais je n’ai jamais imaginé la passion des lettres et celle de l’entrepreneuriat de manière distincte. Pour moi, la seconde est la continuité de la première. Lorsqu’un plaisir nous tient, on n’a généralement pas envie de s’en éloigner, alors j’ai commencé à écrire. J’ai aussi eu la chance d’être publiée dans deux ouvrages collectifs, par la maison d’édition parisienne l’Art de Lettres. Puis avant de co-fonder la Maison Trafalgar à 22 ans, j’ai également exercé ma plume sur un blog auquel j’avais déjà donné le nom de « Trafalgar », et sur lequel j’écrivais les Portraits de jeunes audacieux lyonnais de moins de 30 ans, pour les aider à raconter leur histoire. Ce sont ces Portraits, réalisés bénévolement, mais avec une forte exigence littéraire, qui ont fait naître les premières demandes des clients de la Maison Trafalgar. Quand une passion nous porte, on baigne dedans, on cherche à rencontrer ses acteurs, à rejoindre une mission plus grande que soi, à évaluer les problématiques constatées au fil d’un parcours, à répondre à des besoins… Et puis on cherche à en vivre, pour ne pas faire autre chose, à fédérer d’autres acteurs qui cherchent aussi à en faire leur métier. J’entends parfois des personnes se dire qu’elles ne sont pas du tout « faites pour l’entrepreneuriat », mais plutôt pour coudre, danser, cuisiner… Je ne vois, personnellement, aucune différence entre les deux. Dès que j’ai compris combien mon rapport aux mots était fort, j’ai juste eu envie d’entreprendre avec eux. Tout le reste est une question de posture, et bien sûr d’engagement et de force de travail. Fonder une entreprise, développer un concept, créer des offres, recruter pour constituer une équipe, trouver son marché, ses clients, puis chercher à les ravir, ne sont pas des actions qui sont guidées par mon rapport à l’entrepreneuriat, mais bien par mon rapport à l’écriture. D’ailleurs, j’ai d’abord été étudiante en classes préparatoires hypokhâgne, mais j’ai très vite fait le choix de coupler cette formation avec un master de commerce et d’entrepreneuriat à l’iaelyon. Je ne me sens pas uniquement littéraire, je ne me sens pas uniquement entrepreneure, je me sens véritablement entrepreneure-littéraire.

L’entrepreneuriat littéraire est-il, selon toi, suffisamment représenté ? 

Absolument pas ! Je me souviens qu’à la création de la Maison Trafalgar, nous n’entrions jamais dans les critères de sélection des concours. Il fallait réellement s’accrocher pour que le dossier soit considéré. Les premières années, lorsque l’on présentait l’entreprise Trafalgar, notre proposition de valeur, notre savoir-faire, l’écosystème entrepreneurial trouvait souvent cela mignon et attendrissant, alors qu’on était souvent trois fois plus rentable que dix startups « scalable » qui n’existent plus aujourd’hui. Pour entrer dans des catégories « innovation », une comptable nous avait même conseillé un jour de développer un logiciel d’intelligence artificielle afin que les Portraits puissent s’écrire tout seul, ou même d’élargir aux présentations rédigées sur les profils des applications de rencontres pour être plus grand public… L’entrepreneuriat littéraire est sous-représenté, mais il est aussi trop souvent décrédibilisé. Il est essentiel que les étudiants en lettres, actuels ou futurs, entendent parler d’entrepreneuriat et nous rejoignent ! Ils peuvent véritablement faire des miracles.

Quelle est la phrase que tu ne supportes plus d’entendre ? 

« Plus personne ne lit » et son acolyte légèrement plus subtil : « pensez-vous réellement que les gens prennent encore le temps de lire ? », venant parfois de grandes institutions, qui ont plusieurs siècles d’histoire. Si les lecteurs sont noyés de posts LinkedIn à la sauce développement personnel, non. Si les entreprises dans lesquelles ils travaillent se contentent de leur proposer des textes corporate souvent réchauffés, non. Si les collaborateurs sont présentés sous la forme de portraits chinois, pas toujours. Si les histoires de dirigeants et d’entrepreneurs donnent toutes l’impression qu’un bon mindset mène à tout, encore moins… Mais si l’on se donne la peine de s’adresser à eux comme ils le méritent, si les lignes sont sincères, que le récit leur ressemble et les embarque, si leur Portrait, ou celui d’un autre les touche, alors oui, bien sûr que oui ! Écrire vite et mal n’a rien d’une tendance à suivre. Écrire bien et au-delà de dix lignes n’est ni rétro, ni démodé. Qu’il soit parfois inquiétant et le plus souvent excitant, ce combat est pour nous on ne peut plus sérieux. Quant à la suprématie de l’image, nous avons récemment signé une tribune intitulée Une image ne vaut pas mille mots. Virgile Deslandre, expert en art oratoire et en éloquence de la Maison Trafalgar conclut très bien : « Les mots éduquent le regard. Les images ne sont pas belles ou impressionnantes en elles-mêmes : elles ne le sont que parce que nous avons des mots pour les regarder. »

Quel est le retour client qui t’a le plus touchée ? 

Je pense à celui de Romain, concernant une galerie de Portraits d’artisans tapissiers : « L’entretien et l’écrit resteront certainement le plus beau témoignage d’un amour souvent difficile à exprimer en entreprise. Merci d’avoir su créer cette belle équipe et cette entreprise indispensable. » À celui de Marie-Anne, concernant son propre Portrait : « Non seulement l’expérience était belle artistiquement, mais elle était également riche humainement. Et c’est toujours la cerise sur le gâteau ! Merci, car non seulement la cerise était là, mais en plus elle était délicieuse. Les personnes que vous êtes, le soin et la passion que vous mettez dans votre travail, le respect que vous avez pour vos clients et vos collaborateurs… Tout cela m’a beaucoup touchée. » À celui de Pascal, un dirigeant qui nous a confié le Portrait personnifié d’un objet très atypique : « Tout est dit avec simplicité et grandeur ; l’excellence est bien là, c’est un travail d’orfèvrerie ! L’Art des belles lettres a maintenant un nom : Trafalgar. » À celui de Sophie, directrice communication d’un groupe leader de son secteur : « Je n’ai rien à redire : vous prouvez que l’écriture est extrêmement puissante quand elle est maîtrisée. » À celui de Bruno, diplomate : « À la lecture du portrait que vous avez réalisé, je ne retranche rien. Vous avez su pénétrer parfaitement le territoire de mes aspirations profondes et les révéler avec beaucoup de subtilité et de délicatesse. Soyez-en infiniment remerciés. Vous êtes comme un cuisinier qui doit sortir un plat d’exception avec des ingrédients qu’il n’a pas choisis et ne correspondent à aucune recette. C’est un exercice d’une exigence rare. Chapeau bas. Ce portrait Trafalgar est un cadeau précieux qui ne quittera jamais mon cœur. J’ai été très honoré et chanceux de pouvoir vous rencontrer. » Et généralement, quand une Maison de luxe ne modifie pas une virgule des réalisations que nous venons de livrer, c’est un retour qui dit tout, et qui ne manque pas de nous toucher.

Quelle est la partie que tu préfères dans ton métier ?

La première lecture des Portraits lorsqu’ils sortent tout juste du four ! C’est un moment précieux, durant lequel l’on voit danser ensemble le besoin client, le talent du Portraitiste, et celui de tous les membres de notre équipe qui se sont réunis en comité de lecture. Mais cette réponse serait incomplète sans évoquer le travail qui m’occupe sur la stratégie de développement de la Maison Trafalgar. Questionner le marché, comprendre ce qui résiste, ce qui est attendu, faire des choix à contre-courant de la concurrence, cultiver cette science du coup d’avance, affiner l’expérience client, et tout faire pour que chacun en garde une trace indélébile… Beaucoup trop d’entrepreneurs font le choix de créer une entreprise pour eux, mais ils semblent oublier qu’elle existe aussi pour leurs clients. Et puis le temps consacré au recrutement. C’est une partie qui réclame énormément d’efforts et d’implication émotionnelle, car lorsque l’on entre chez Trafalgar, l’on n’arrive pas comme dans un moulin, l’on prend ses marques dans une Maison. Les Portraitistes historiques arrivés quelque temps après la création de l’entreprise sont toujours là pour développer la Maison Trafalgar avec talent ; quand j’ai rencontré Benjamin, j’avais 23 ans – j’en ai 30 aujourd’hui. Entretemps, il est devenu papa deux fois, c’est peu dire que nous en avons vécu ensemble ! Maxime, lui, a commencé correcteur, il est devenu Portraitiste, et a désormais évolué en tant que Responsable de la production et des comités de lecture, que j’étais encore seule à diriger. Gilles est là depuis bientôt deux ans, et affirme voir Trafalgar comme un véritable projet de vie. Il n’est pas seulement question d’évolution d’un style d’écriture ou de carrière, mais d’évolution personnelle, et qu’il s’agisse de Portraitistes ou d’autres postes essentiels à notre Maison, comme la communication ou la gestion de projet, c’est pour moi très fort d’imaginer avec quels autres talents nous allons avoir le plaisir d’avancer et de grandir.

Comment sens-tu qu’un talent peut intégrer la Maison Trafalgar ? 

Cela ne relève jamais d’un sentiment personnel. Qu’il écrive ou non, il est essentiel pour notre équipe que ce talent vibre autant que nous pour la mission de l’entreprise. Il est important qu’il partage notre précision, notre exigence, et surtout notre goût des autres. Si l’intériorité me touche, parce qu’elle donne toujours beaucoup de couleur à une personnalité, il me semble délicat d’intégrer la Maison Trafalgar si la rencontre vers l’autre représente un effort.

Quelles sont, selon toi, les plus belles réussites de Trafalgar ? 

La Maison Trafalgar a fêté son 7e anniversaire en novembre dernier. Si 7 ans est l’âge de raison, alors ces 7 belles années nous auront donné raison d’avoir :
– Inventé notre métier de Portraitiste sur un marché de niche ;
– Élaboré, puis perfectionné un processus de création qui ose faire confiance aux talents et au temps long ;
– Démontré combien l’écriture pouvait être le socle d’une entreprise pérenne ;
– Porté l’amour des mots au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans les universités, les comités de direction, les conseils stratégiques de la Métropole, mais aussi dans des lieux aussi cruciaux qu’une maison d’arrêt ;
– Ciselé une signature textuelle forte sans rentrer dans le rang des marques blanches ;
– Cru en des profils atypiques, et repéré des potentiels qui se sont révélés au sein de notre Maison d’écriture ;
– Boudé la facilité en internalisant notre savoir-faire et en construisant des carrières, dans une époque où les métiers d’écriture sont le plus souvent précarisés ;
– Dit « non » à des propositions qui nous auraient dénaturés ;
– Démocratisé la littérature en entreprise, en faisant parler les objets, les lieux, les marques et les concepts autant que les femmes et les hommes ;
– Continué d’ouvrir nos portes à tous les acteurs, des startups naissantes aux plus grandes références du monde du luxe, en passant par les entreprises de Métiers d’art, les groupes leaders, les TPE et les PME familiales ;
– Tenu à apporter notre expertise à tous les secteurs, que nos clients soient agriculteurs, stylistes, chimistes, ingénieurs, transporteurs, horlogers, chocolatiers, vignerons, confiseurs, hôteliers, développeurs, franchisés, repreneurs ;
– Donné de notre temps à de nombreux autres entrepreneurs, et soutenu à notre tour les différentes structures d’accompagnement qui nous ont vu naître ;
– Témoigné de notre fidélité à des photographes, illustrateurs, graphistes, traducteurs, pianistes, sound designers passionnés, partenaires de confiance depuis le début de notre histoire ;
– Diversifié nos domaines d’activité, en développant également nos formations à l’éloquence et à la prise de parole en public ;
– Déjoué tous les pronostics et toutes les prophéties pour réaliser une croissance continue, année après année ;
– Pris autant de plaisir à vivre ensemble, depuis 2015, cette ravissante, touchante, courageuse, ambitieuse, prometteuse aventure entrepreneuriale !

Un développement à l’international est-il envisagé ?

Pas encore ! Nous avons tenu à bâtir une Maison de plus en plus complète, en privilégiant le développement de différentes offres comme le Portrait photographique, le Portrait dessin, le Portrait vidéo ou encore le Portrait audio. Nous tenons à notre croissance organique et mesurée. Nous sommes heureux d’avoir fait le choix d’installer notre Maison de Portraits dans notre ville de Lyon, et d’avoir le plaisir d’y accueillir des clients qui se trouvent partout en France, et à l’étranger – certains se sont déplacés depuis la Nouvelle-Zélande, et plus récemment depuis l’Afrique du Sud pour vivre l’expérience Trafalgar. En revanche, beaucoup de nos clients commandent leur Portrait en français et en anglais, et nous menons aussi des entretiens d’extraction dans la langue de Shakespeare, tout cela est de très bon augure. En même temps, en s’appelant Trafalgar…

Une anecdote liée à ton associée Bérengère ?

Les parents de Bérengère, qui viennent de Haute-Savoie, lui ont donné ce prénom en clin d’œil à une montagne située dans la réserve naturelle des Contamines. Sachant que je suis née à l’île de la Réunion – je me surprends parfois à penser qu’on aurait pu se louper quinze fois dans notre vie… Certains entrepreneurs se plaisent à marteler « qu’importe d’où l’on vient, ce qui compte, c’est où l’on va ! » Cela me résiste complètement. Cette entreprise s’est développée sans tricher, et aucun de nous n’a jamais renié cette notion d’ancrage ; elle est propre à chacun, et elle est une force pour travailler ensemble et se rejoindre ici ; au sein de la « Maison » Trafalgar, un autre point d’ancrage. Comme Georges Perec : « J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources. »


La malédiction de la rime

Ce n’est pas un secret, la signature de la Maison Trafalgar est affaire de sonorités. Mais il suffit que la concentration se relâche un instant, qu’une distraction s’invite en prime, pour que ressurgisse la rime. J’en viens donc à repousser celles qui voudraient s’imposer, à débusquer de petites espiègles dans les recoins. Point trop n’en faut, nous dit la formule ! Ce qui était ornement peut devenir fioriture.


Expression explicitée : Se trouver sous la coupe de...

L’expression vient de la coupe aux jeux de cartes ; une opération banale qui consiste à couper le paquet en deux afin de déterminer l’ordre dans lequel les cartes vont être distribuées. Au XVIIe siècle, certains joueurs étaient persuadés que d’autres avaient la coupe malheureuse. Puisque la coupe aux cartes avait une valeur magique, le joueur pouvait se trouver sous l’influence du coupeur.


Célébrons le Made in France !

Les 10, 11, 12 et 13 novembre marqueront la 10ème édition parisienne du salon du Made In France, le rendez-vous des artisans et des marques de l’hexagone !

Curieuses de découvrir les nombreux exposants engagés et d’en connaître davantage sur leur histoire entrepreneuriale, Bérengère et Marion seront au rendez-vous toute la journée du jeudi 10 novembre.

Savoir-faire d’exception, héritages familiaux et produits régionaux feront la part belle à notre territoire !


Expression explicitée : Mariage pluvieux, mariage heureux

Si cette expression est utilisée un jour de pluie pour consoler les époux, elle s’avère mal utilisée, et n’est qu’une déformation étymologique de l’expression « mariage plus vieux, mariage heureux ». Elle signifie en réalité que se marier après une relation de plusieurs années, après avoir acquis de l’expérience, serait un gage de félicité.


Expression explicitée : Veiller au grain

Si vous imaginez un paysan au bord de son champ de blé, en train d’en surveiller la pousse, sachez hélas que cette expression est empruntée au langage maritime : un grain est un coup de vent brutal. Un bon marin devait donc être constamment sur ses gardes afin d’éviter un événement imprévisible, ou d’anticiper un danger potentiel.


Interview interne - Laurine, responsable de communication

À quel moment de ta vie as-tu développé un rapport sensible aux mots et à l’écriture ?

Il n’est pas impossible que ce rapport aux mots m’ait été transmis de manière héréditaire et symbolique. Maupomé est mon nom de famille ! Mots paumés. Tête en l’air, dans la lune, habitée par une gaieté folâtre, je ne m’y suis jamais opposée. Fillette décalée voire un brin farfelue, je n’éprouvais pas nécessairement le plaisir de quelconques lectures, ayant démesurément la bougeotte ! En revanche, je m’adonnais très régulièrement à l’écriture, et concoctais de jolis petits alexandrins que je m’empressais de conter à mon paternel, lui qui m’offrait une écoute sans confins. Auteur-compositeur-interprète, mon père eut la témérité de m’inonder, dès mon plus jeune âge, de spectacles de chant, de sages paroles et de poésies conjuguant mélancolie et fantaisie. Véritable corpus de sensibilité à mi-chemin entre Louis de Funès, Bourvil, Aznavour et Jean Ferrat, il a ce pouvoir de capter l’émotion. Cette sensibilité familiale induisit fortement mon appétence pour l’art de manier les mots, de façonner le beau.

Comment se passe la cohabitation avec les littéraires de la Maison ?

Pendant longtemps, j’ai assimilé la sonnerie de mon radioréveil à une source de frissons, à cause du costume de Bozo que je devais revêtir chaque jour pour entrer dans les clous du cosmos professionnel. En raison de ma sensibilité et de mon amour abyssal pour les envolées lyriques, je peinais à me plaire dans un environnement qui m’imputait l’image d’un O.V.N.I. Évoluant auparavant dans un écosystème où la richesse de la langue française tendait presque à être satirisée, il m’arrivait de me sentir un brin désorientée. Semblable à un rossignol, j’étais, et je suis encore, comme dirait-on, un peu perchée sur ma branche. Incarnant cette image d’oiseau chantant, je me nourris désormais de chaque graine de culture que je peux trouver sur mon chemin. Cette vision me traverse justement lorsque je suis amenée à cohabiter avec cette fine équipe. Mes collègues offrent constamment matière à réfléchir, sont dotés d’une sensibilité hors-pair, qui transpire rien qu’en les observant. Finalement, la Maison Trafalgar et ses talents littéraires osent enfin pointer du doigt mon attrait pour l’écriture en la normalisant, à juste droit. Quelle libération !

Comment es-tu parvenue à faire un choix entre le secteur des lettres et celui de la communication ? 

Je n’ai pas le sentiment d’avoir été confrontée à ce fameux dilemme cornélien qui suggérerait une prise de parti. A contrario, il m’a semblé aisé de conjuguer les lettres et la communication en occupant ce poste de responsable communication de la Maison Trafalgar. À vrai dire, mon motto prend sa source dans la volonté de faire cohabiter ces deux secteurs, et d’en tirer la quintessence. En naviguant entre ces écosystèmes, je soupçonne finalement en moi un profond désir de pluridisciplinarité et souhaite ne me ranger dans aucun compartiment, ni aucun moule, sous peine de devenir tarte.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre la Maison Trafalgar ? 

La version Laurine 2021 se questionnait sans cesse quant à la nature de ses désirs professionnels. Après une expérience à la Henry Ford au sein d’un hub de communication qui aspirait à développer la production d’un nouveau modèle d’agence contemporaine, j’ai réalisé que ma vocation était de rejoindre un espace sincère, entier, bourré de sensibilité. C’est dans cette dynamique que j’ai tiré la chevillette de la Maison Trafalgar, troquant mon costume 3 pièces de businesswoman contre mon tablier d’artisane des mots !

Selon toi, que faut-il pour candidater en tant que responsable communication au sein de la Maison Trafalgar ? 

Il faut être complètement habité. Se sentir éveillé, autant qu’enivré, par l’ardeur des mots tel Flaubert et son épreuve du « gueuloir », dans lequel il frémissait à l’idée de créer une rime chantante. Animé tel que l’était Brel lors de son tour de chant amsterdamois. Habité de manière à ne vouloir faire qu’un avec le verbe, revêtir chaque syllabe et chaque mot de sens afin de créer la symbiose parfaite. Et tout le reste est apprentissage.

Comment déploies-tu la communication d’une Maison telle que Trafalgar ?

C’est une histoire de justesse. Autrement dit, une affaire de mesure et d’harmonie. La communication de la Maison Trafalgar se veut aussi délicate qu’une plume de colibris, aussi raffinée que le serait un médaillon de lotte tout juste sorti de la cuisson. Partant de ce constat, et à l’heure où le terrain de jeu de la communication en entreprise mute rapidement et se perd parfois en chemin, communiquer pour la Maison revient à rendre chaque fois ses lettres de noblesse à la langue française ; à assumer notre signature différenciante, que l’on retrouve sur papier mais aussi sur les réseaux les plus modernes !

Comment décrirais-tu la signature de la Maison Trafalgar ? 

Avant même d’évoquer le versant écrit, je perçois la signature Trafalgar comme attentionnée. Cela se ressent dans ses marques de bienvenue, sa disponibilité continue. Elle se pare ensuite d’élégance, sa plume intrépide qui laisse sur le côté chaque verbe inanimé. La signature Trafalgar se rencontre et se vit au même titre qu’un solo de Ludovico Einaudi. Elle adoucit les mœurs et rend la sensibilité légère, tel un pétale enivré par un délié courant d’air. C’est un virage d’émotions ! C’est tout cela, pour moi, la signature Trafalgar !

Pourquoi est-il nécessaire qu’une Maison comme Trafalgar existe ? 

On note, à chaque décennie, un désintérêt grandissant de la part des nouvelles générations pour la chose littéraire, et je suis diablement bien placée pour constater le décrochage de mes pairs. Les phrases bâties sur des syntaxes riches sont troquées pour des abréviations. Quant aux expressions orales, « en fait » et « du coup » se bataillent la première place ex aequo, ratatinent sans équivoque l’infinité des caractères oraux. Il est urgent de revaloriser la langue française et de se réconcilier avec la création littéraire. Il est pressant de remettre l’écriture et les nuances vibratoires des mots au goût du jour !

Quelles sont tes ambitions pour la Maison Trafalgar ?

Je souhaite qu’elle puisse conserver sa place si méritée sur le marché de l’écriture, un marché très atomisé ; mais aussi qu’elle puisse continuer à se démarquer, par le caractère inédit de ses offres et par sa signature textuelle, qui fait tellement la différence. D’ailleurs, je ne fais pas que le souhaiter, je travaille – et nous travaillons tous activement – à donner vie à nos ambitions et à celles de la Maison, c’est aussi tout cela, le sens de mon métier ! 

Une anecdote liée à la Maison ? 

Je me souviens d’une aube qui commençait à poindre, d’un dîner orchestré par la Maison Trafalgar. J’ai en mémoire ce chemin du retour jusqu’à chez moi ; ce flyer online annonçant un événement imminent : le Grand Oral de l’UCLy. L’évidence. Notre dîner de Noël en équipe a nourri chez moi une sorte d’élan créatif. Laissant le frisson de côté, je me suis inscrite à ce concours d’éloquence au beau milieu de la nuit. Le temps de préparation encore disponible sur la montre à gousset me faisait de jolis pieds de nez, mais ainsi soit-il : il faut oser d’abord, doser ensuite !